vendredi 14 mars 2008

VOUS AVEZ DIT MONSANTO !!!

Quelques compléments à l'enquête diffusée sur ARTE.

Les OGM représentent-ils un progrès pour l’humanité ou un danger pour le vivant ?


Il est incontestable que les biotechnologies ont contribué à faire progresser la recherche fondamentale. Juste retour des choses. Mais il est tout autant indéniable que ces connaissances ne sont, évidemment, ni totalement désintéressées, ni innocentes, loin s’en faut et qu’elles représentent même un danger qu’il serait ridicule de minimiser. Se pose, en effet, le problème qui nous préoccupe tous : la manipulation sans contraintes, sans limites, des gènes. Manipulation dont les effets à long terme pourraient entraîner des conséquences imprévisibles à l’heure actuelle, non seulement sur l’évolution des écosystèmes, mais aussi sur celle de l’espèce humaine et donc sur son avenir.
En ce qui concerne les végétaux, comment est née l’idée de créer des plantes transgéniques ? Il y a déjà quelques décennies que les agriculteurs utilisent la bactérie Bacillus thuringiensis. Ils avaient remarqué que, répandue dans un champ de maïs sous forme de poudre ou de liquide, elle avait un effet insecticide. On s’était donc dit que si l’on parvenait à identifier le gène qui permet à cette bactérie de produire la substance insecticide – une protéine, bien sûr – et s’il était possible d’insérer ce gène dans les cellules du plant de maïs, on pourrait obtenir une plante capable de se défendre elle-même contre les insectes ravageurs, notamment la fameuse pyrale, mais hélas, aussi contre d’autres insectes moins nuisibles. Ce maïs insecticide fut donc le premier exemple concret et réel d’être transgénique.

Heureux de leur succès, auréolés de leur prouesse technologique, les « inventeurs » de ce maïs OGM se sont répandus dans les médias pour vanter les qualités exceptionnelles et l’intérêt vital de leur découverte, que l’on a parée de toutes les vertus, écologiques, économiques, alimentaires. On est allé jusqu’à affirmer que ce maïs, ne nécessitant plus d’insecticide, polluerait forcément moins. C’était aller un peu vite dans la louange, car si le paysan n’a plus besoin d’épandre de l’insecticide chimique, c’est bien parce que la plante le fait à sa place et probablement en beaucoup plus grande quantité que l’agriculteur bio, par exemple.
Mais il y a un autre aspect du rôle néfaste joué par cet OGM sur l’environnement et qui n’a été que fort peu débattu dans les médias et par les institutions chargées de conseiller l’État en vue de délivrer une autorisation de culture. En effet, les insectes, confrontés à cet insecticide à longueur de saisons et de manière intensive, sont soumis à une très forte pression sélective susceptible de favoriser certaines mutations modifiant le génome de l’insecte, le rendant plus résistant à cet insecticide. Attention, Super Pyrale arrive !

Comment construit-on un OGM ? Le principe de la technique utilisée est relativement simple. Il s’agit, dans un premier temps, d’isoler chez certaines bactéries, par exemple cette fameuse Bacillus thuringiensis, la plus connue, abondante dans les sols, dans l’air et sur le feuillage des végétaux, le gène qui commande la synthèse d’une protéine toxique pour certains insectes mais pas pour les vertébrés : la toxine Bt. C’est cette toxine qui est efficace contre la pyrale du maïs, un papillon dont les larves ravagent les plants de maïs.
Une fois le gène identifié, les enzymes de restriction font leur travail : couper des segments d’ADN correspondant à ce gène. Il reste alors à trouver un « vecteur » pour transférer ce gène dans les cellules végétales de la plante à traiter. Ce vecteur est une autre bactérie également présente en abondance dans les sols à proximité des racines : Agrobacterium tumefaciens. Le gène, intégré dans un petit chromosome particulier de cette bactérie appelé plasmide, est ensuite transféré dans des cellules du végétal que l’on veut modifier, par infection de petits fragments de feuilles.
La mise en culture des petits fragments de feuille permet le clonage des cellules infectées à partir desquelles, par culture in vitro, on obtiendra des plantes transgéniques que l’on pourra cultiver en plein champ.

Il existe d’autres types d’OGM. Certains contiennent des gènes de tolérance aux herbicides, dont les promoteurs – l’INRA notamment, en France – affirment que grâce à eux on utilisera moins d’herbicide, ce qui ne semble pas être confirmé par les faits : on n’observe pas la moindre diminution de la consommation de ces substances. D’autres OGM ont intégré le gène de stérilité mâle ce qui permet d’empêcher le réemploi des graines devenues stériles ; c’est cyniquement astucieux ; nous y reviendrons.
Le principal argument des pro-OGM consiste à mettre en avant les problèmes de sous nutrition dans les pays du sud, qui ne manqueront pas de s’aggraver dans les années à venir à cause des modifications climatiques et de l’augmentation des populations. Cela est vrai, sans doute et on pourrait même ajouter un troisième facteur, curieusement oublié d’ailleurs par les défenseurs des OGM : le détournement scandaleux de millions d’hectares de terres cultivables pour satisfaire la production, fort rentable semble-t-il, d’agrocarburants.
Alors, les habitants des pays pauvres ont-ils réellement besoin d’être inféodés à ces multinationales belliqueuses et tentaculaires qui commercialisent les OGM ? La réponse est non, bien sûr. C’est même exactement du contraire dont les agricultures de ces régions ont besoin. Il leur faut des aides concertées des états riches et non un pillage de leurs trop maigres ressources ; des aides concertées visant à leur donner une plus grande autonomie pour développer leurs cultures traditionnelles en adéquation avec les conditions écologiques locales et à leur restituer des terres confisquées.

Ces organismes végétaux génétiquement modifiés par transgenèse, contre lesquels lutte notre José Bové national, n’ouvrent donc aucune perspective intéressante dans le secteur agroalimentaire ; ils n’améliorent en rien la couverture des besoins alimentaires des pays du tiers-monde. Pire, les quelques rares aspects positifs semblent pour le moins contrebalancés par les énormes problèmes soulevés notamment par l’accaparement de ces techniques à des fins bassement mercantiles, bien loin de l’intérêt général de l’humanité. Sans compter les conséquences biologiques à plus ou moins long terme. La course aux brevets montre bien les buts réels poursuivis par les promoteurs de la plupart des OGM résistant aux insecticides et aux herbicides : les semences OGM et les divers produits chimiques complémentaires utilisés par les agriculteurs sont commercialisés par les mêmes sociétés. Il est d’ailleurs curieux de constater que l’article 5 de la directive 98/44/CE du parlement européen précise que les gènes peuvent être brevetés au même titre que n’importe quelle substance à la seule condition qu’ils aient une application industrielle concrète. C’est la porte ouverte aux excès les plus dangereux pour l’avenir du monde vivant.
Remarquons d’ailleurs qu’il n’y a pas que les gènes des végétaux qui soient ainsi soumis à la loi du marché, vingt pour cent des gènes humains seraient également brevetés par des entreprises privées et de ce fait, la recherche fondamentale doit payer des royalties chaque fois qu’elle étudie l’un de ces gènes sous brevet ! Un comble ! Le cas typique du gène BRCA1, identifié en 1995 comme un marqueur de prédisposition à un cancer du sein et de l’ovaire, permet de mesurer avec effroi l’agressivité dont font preuve les grandes firmes de biotechnologie pour banaliser le vivant et le réduire à un simple marché. La firme Myriad Genetics avait déposé un brevet sur ce gène, si bien que tous les tests ou tous les médicaments qui se rapportaient à ce gène généraient automatiquement des royalties. Même punition pour la recherche fondamentale qui ne poursuit pourtant pas de but lucratif. Il aura fallu plusieurs années de procédure, de nombreuses plaintes émanant de plusieurs instituts et ministères européens, pour qu’en mai 2004 l’Office Européen des Brevets annule ce brevet inique. Mais Myriad a déposé depuis un autre brevet sur un autre gène – BRCA2 – et la bataille continue…

Pour en revenir au type d’OGM évoqué plus haut, celui des graines rendues stériles, le gène « terminator » constitue un cas d’école particulièrement symbolique de cette dérive technologique sous la haute pression des lois du marché. Le 3 mars 1998, une société américaine, la Delta and Pine Land Company, obtenait un brevet intitulé « Le contrôle de l’expression des gènes », visant à contrôler, en effet, dans le temps, c’est-à-dire sur une seule année, la viabilité de la descendance d’une semence sans nuire à la récolte. En fait, la principale application de cette technologie est d’empêcher l’utilisation sans autorisation de semence de variétés protégées en faisant en sorte que les semences en question ne puissent pas germer une deuxième fois. On mesure bien là ce que cette technologie de voyou a d’immoral. Depuis des millénaires, depuis que l’agriculture existe pour nourrir les hommes, les graines que récolte le paysan pour l’alimentation des populations sont aussi la semence de l’année suivante. Cette pratique ancestrale, économique et écologique, a été perçue par les multinationales de la semence comme un frein outrancier à leur développement. En effet, tant que les graines que récolte l’agriculteur constituent la semence de l’année suivante, les perspectives de ce commerce de la graineterie sont forcément réduites. Mais comment s’y prendre pour ouvrir en grand ce marché prometteur sans braquer l’opinion publique ?
L’alliance contre nature – c’est le cas de le dire – de la génétique et de l’économie est venue en aide à ces semenciers avides et sans scrupules. Les graines brevetées vendues par Monsanto, ce géant de l’agroalimentaire qui a acheté la Delta and Pine Land Co et son brevet, ne germent qu’une seule fois ; le paysan est ainsi contraint, au mépris des lois de la nature, au mépris de sa dignité, de se réapprovisionner en graines après sa récolte, année après année. Ce n’est rien d’autre que du racket. Les plantes qui poussent dans son champ, victimes du terrible gène terminator et du triomphe du profit capitaliste sur le vivant, ne sont plus que des êtres vivants dépouillés de leur caractéristique la plus fondamentale : le pouvoir de se reproduire et de se multiplier. Evidemment on est loin du paradis vert promis par le complexe génético-industriel. On en est tellement éloigné que la Fondation Rockefeller, que l’on ne peut pas soupçonner de connivence avec les alter mondialistes, au nom de l’éthique, a qualifié ce gène terminator de « technologie devenue folle », contraignant ainsi la firme Monsanto à renoncer à cette technique. Mais alors, des versions plus discrètes, plus édulcorées, ont pris le relais. Les géants dominateurs de l’agroalimentaire ne se sont pas rangés soudainement, dans un salutaire sursaut de philanthropie, du côté du vivant, du côté des paysans.
Pour illustrer cette persévérance têtue de ces firmes « devenues folles », on peut aussi citer la méthode consistant à introduire des gènes d’intérêt agronomique permettant de résister à certaines maladies à condition que ces plantes OGM soient alimentées avec un produit chimique complémentaire vendu en même temps que la semence transgénique. Les gènes en question ne peuvent s’exprimer qu’en présence de cette substance. C’est de la vente forcée car si le paysan n’achète pas ce produit, la plante, malade, dépérit.
Mais, bien plus grave encore que l’implication économique, cette modification du vivant appelle quelques remarques plus fondamentales. Au plan de la santé publique, le simple principe de précaution, dont on a vu l’émergence très récente, s’impose incontestablement malgré l’acharnement de certains grands penseurs qui voient dans ce principe une entrave au progrès ; pour eux il n’y a pas de développement possible sans prise de risque. Mais qui court le risque ? Les grandes firmes multinationales milliardaires et leurs actionnaires anonymes ? L’accroissement de la résistance des bactéries aux antibiotiques à la suite du transfert, chez des plantes, de gènes résistants à ces bactéries, a de quoi inquiéter. Peut-on affirmer sérieusement que la consommation de ces plantes transgéniques n’aura aucune conséquence sur la santé des hommes ? Quelle expérimentation le prouve et avec quel recul ?
De même, il est difficile de nier, par exemple, le risque écologique de voir mettre en péril la biodiversité, au profit d’espèces plus résistantes, mais forcément moins nombreuses ; l’équilibre des écosystèmes pourrait être bouleversé dans des proportions que l’on ne peut prévoir aujourd’hui à coup sûr. De plus, prétendre que les champs de plantes transgéniques sont bien délimités et que la contamination des parcelles situées à plusieurs kilomètres est impossible, relève de la plus pure fantaisie ; le vent et les insectes peuvent disséminer les grains de pollen jusqu’à des dizaines de kilomètres.
Enfin, que dire des désastres économiques engendrés par la course à l’argent des grandes multinationales de l’agroalimentaire qui pourrait aboutir, à plus ou moins brève échéance et à force de surenchères technologiques, à la ruine et à la disparition d’une agriculture traditionnelle régionale, équilibrée, soucieuse de l’environnement et donc de l’avenir de la planète et de ses habitants, au profit de grands groupes agro-industriels ?

Alors faut-il abandonner toute recherche dans un domaine aussi sensible ? La réponse est non bien sûr, mais la prudence est de mise. Le meilleur moyen, en effet, de juger de l’intérêt pour l’humanité tout entière des cultures d’OGM, est l’expérimentation. Mais ces expériences doivent être conduites avec rigueur, sur des programmes précis, définis d’une manière démocratique et sous serres confinées, c’est-à-dire sans risque de dissémination par les agents naturels. Il n’y a aucune raison que des intérêts privés décident à la place des pouvoirs publics, c’est-à-dire des citoyens. Lors du fameux Grenelle de l’environnement, ce grand colloque tape-à-l’oeil initié par le gouvernement de la France pour faire l’inventaire des problèmes écologiques et prendre, éventuellement, quelques « mesurettes », un timide moratoire sur les cultures OGM a été décidé en novembre 2007. Un moratoire qui devait geler la culture du maïs Mon810 pour plusieurs mois. On a appris quelques semaines plus tard qu’il ne s’agissait que de suspendre la vente des semences de cette variété OGM pendant l’hiver. Il y a de quoi rire ! Les agriculteurs pourront donc semer les graines du Mon810 au printemps suivant, du moins ceux qui le veulent, défendus avec véhémence par la FNSEA, dont on connaît les accointances avec les grands lobbies des semenciers ! Une belle mascarade en vérité. A-t-on déjà vu, en effet, semer du maïs en hiver ? Cela ressemblerait fort à un gag et on pourrait en rire, mais hélas ce n’en est pas un. Reconnaissons néanmoins qu’un petit effort a été fait, dans un premier temps, pour encadrer les cultures d’OGM et responsabiliser les producteurs en cas de dissémination des pollens hors des limites parcellaires autorisées. Cependant, il aura fallu toute la détermination de José Bové et de quelques faucheurs volontaires, mettant en jeu leur propre santé lors d’une grève de la faim de plus de dix jours, pour arracher enfin du pouvoir politique la seule décision raisonnable que de nombreux pays européens ont déjà prise, bien avant la France : l’interdiction de toute culture du maïs Mon 810 sur notre territoire.
La Haute Autorité chargée par le gouvernement de se prononcer sur les risques encourus par l’environnement et par la santé publique a même reconnu, dans un rapport publié en janvier 2008, que l’impact des OGM, et en particulier du fameux Mon810, sur les êtres vivants à proximité du champ cultivé, n’était pas parfaitement évalué et que des études récentes semblent démontrer des effets non prévus sur la flore et sur la faune, notamment sur des insectes pollinisateurs et sur les vers de terre. Ce rapport souligne par ailleurs ce que de nombreux biologistes s’escrimaient à démontrer, dans l’indifférence la plus totale des élus : la contamination par les pollens transportés par le vent peut se faire jusqu’à des dizaines de kilomètres, voire une centaine, du champ d’origine. On est loin du rassurant « il n’y a aucun risque, quelques dizaines de mètres entre les champs cultivés en OGM et les cultures traditionnelles suffisent pour assurer la non contamination ». De qui se moque-t-on ? Combien de temps nos dirigeants pourront-ils résister à la pression des grandes multinationales du monde libéral, voraces et motivées par les seuls profits de leurs actionnaires ? En ont-ils seulement la volonté ?

OGM : Organisme Génétiquement Modifié. Organisme dont on a modifié le génome par introduction, dans son ADN, d’un gène étranger. Ce transgène, inséré au hasard dans l’ADN hôte, s’exprime en modifiant le phénotype de l’OGM.

3 commentaires:

Julien B. a dit…

Je trouve légèrement dommage que certains pensent que les biotechnologies se limitent uniquement aux OGM : il n'y pas que de la manipulation génétique dans les labo ! Il y a aussi la recherche sur les cellules souches, les cellules tumorales... qui utilisent bien heuresement des procédés de génie biologique.

Puis il y a en réalité deux types d'OGM :
- Ceux que l'on connaît tristement et que l'on retrouve dans nos champs et nos assiettes. Ceux là sont entièrement contrôlés par des firmes multinationales et le documentaire montre à quel point ces dernières ont de l'influence... bref...

- Puis il y a les OGM qui sont un véritable outils de recherche : ils permettent de connaître le rôle d'un gène, de savoir comment il s'exprime ; ils permettent de travailler sur des maladies encore incurables (cancer, Alzheimer...) comme le célèbre OGM "Oncomouse" hypersensible aux substances cancérigènes ; ils permettent le développement de vaccins, des hormones essentielles comme l'insuline etc... sans oublier la thérapie génique sur laquelle on fonde beaucoup d'espoir (trop?)

Bref, il est inadmissible de confier cette GRANDE technologie à une firme privée dont le seul but est l'enrichissement. Je retiens d'ailleurs cette phrase "choc" comme quoi ils n'acceptait pas de perdre 1$... trop facile quand c'est sur le dos des gens et au détriment de leur santé !

Heureusement qu'il existe des personnes qui savent encore réfléchir & qui savent se faire entendre. Au vu de tout ce qu'il se passe et de l'ampleur de la situation, il nous reste internet qui est un outil assez puissant pour faire circuler l'information.

emcee a dit…

Après avoir lu le billet et le commentaire qui le suit, j'ai l'impression d'être devenue plus intelligente!
Bravo!
Une légère réflexion, cependant, le billet gagnerait à être un peu plus "aéré" pour en faciliter la lecture aux profanes comme moi.

barb michelen a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.